[CES] Journal d'Ordwyn le Sobre

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[CES] Journal d'Ordwyn le Sobre

Message par Gustave3000 (ORW) le Mar 5 Déc - 23:26

Bonsoir.
Je profite de ce tour de pause pour développer, écrire et ré-éditer le personnage d'Ordwyn et ce que j'ai déjà écrit sur lui. Vu que ces dernières lunaisons je me fais racketter mon chat Mimosa, mon verre d'eau et mes tonneaux de Rhoynaise à la sortie de l'Académie, je me suis dit qu'il était temps de remettre un peu d'ordre. J'ouvre donc un topic réservé aux "aventures" de mon personnage, Ordwyn, actuellement Capitaine Tully (à la manière et inspiré par Jean Neige, pour FIN : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]).

Je ne sais plus comment je les avait diffusé (ou si je les avait diffusé) mais j'avais déjà écris trois "chapitres", que je ressors donc sous la balise Spoilers. Ces trois premiers "épisodes" du journal d'Ordwyn détonnent vraiment avec ceux qui suivront et ont un ton assez spécial parce qu'ils ont été écrits "à chaud". Donc :
Voici un petit commentaire en introduction, parce qu'ils ont déjà vieilli et parce que lus hors-contexte, j'ai peur que ça puisse perturber.
Lire et écrire ces épisodes sur la progression d'Ordwyn, c'est prendre un point de départ, et donc revenir immanquablement sur ce qu'on a fait en Janvier. Personne n'aime en reparler, parce qu'on a fait une connerie, des personnages ont été sacrifiés pour rien, et les régiments Tully et Lannister sont loin de s'en être remis.
Mais pour Ordwyn, c'est là que tout commence, donc je me dois de clarifier certains points. D'ailleurs, je n'ai pas participé à ce massacre par souci de créer un RP pour mon personnage, mais je me suis dit que, si il devait en avoir un, il devait franchement commencer là.

J'en viens à faire un point sur la relation entre Ordwyn et Theomar, parce qu'elle peut éventuellement choquer si elle n'est pas définie.
Soyons clair : même si j'adore Drozo et je l'ai suivi dans ce complot, je pense qu'on peut tous les deux dire qu'on a mal joué, que c'était pas du jeu et un peu triste.
Mais Ordwyn garde un souvenir nostalgique de Theomar, surtout à travers Theomartine. Il veut faire table rase du passé, mais garder ce qu'il a trouvé juste en Theomar, il le prend comme modèle même si il est loin de l'assumer en public.
Au passage, si je dois dédier les RP d'Ordwyn à quelqu'un, c'est à Blackghost, Merela et Namande. Je sais, ça fait vraiment SSC et un "Je suis charlie" nul, surtout pour une histoire qui commence à vieillir, mais ce que vous allez lire n'aurait pas vraiment trouvé de point de départ sans eux, et je leur doit bien ça. J'espère que tout le monde nous pardonnera si c'est pas déjà fait.


- Disgrâce -
(Semaine 3 & 4, lunaison 2, 217)
Spoiler:
Il fallait faire vite. Tout trier, tout ranger, avant qu'ils n'arrivent. Ordwyn courut jusqu'au perron de sa mansarde, il ouvrit la porte, et déversa toute la haine qui le hantait dans le mobilier. Vases, verres, assiettes, meubles, tout y passait, il voulait se défouler. Il devait se défouler. Il fracassa le vase offert par sa mère pour son arrivée à la capitale. Même un tableau de sa famille au grand complet, déchiré, lacéré, puis brûlé dans sa cheminée. Tandis qu'il regardait la toile devenir cendres, il se lamentait tout haut ; "Qui suis-je ? Qu'avez-vous fait de moi ?. Il prit le couteau avec lequel il avait déchiré le tableau, appuya la lame sur sa gorge. "Et pourquoi pas... Si je dois mourir... Non, pas comme ça" conclut-il en jetant l'objet qui alla se planter dans la couche de son chat perdu, Mimosa. -"Et où es-tu toi ?.. Tu as fui, comme moi, mais pourquoi ?" Il avait gardé la couche, dans l'espoir qu'un jour l'animal se représenterai à nouveau.

Mimosa, c'est peut-être le seul qui l'ait un jour suivi. Ordwyn, troisième et dernier fils d'Harwyn, avait toujours suivi. Son père, ses frères, il avait besoin d'un chef, d'une figure, et sans cela il n'était rien. Il avait rejoint le régiment Tully de Port-Réal dans le but de faire partie de "La bande" à Theomar, du groupe, de l'ensemble. Sans le groupe, il n'était rien. Theomar l'avait remarqué, Theomar lui avait donné une place, de l'importance. Désireux de se faire bien voir, Ordwyn n'avait jamais refusé ses corvées de régiment, quitte à y passer des journées. Et, pour finir, quand on l'eut jugé digne de confiance, on l'invita au complot. Tuer trois Lannister, dont il n'était même pas rival, qu'il ne connaissait que de nom. Prendre trois vies aussi coupables que la sienne. Il les avait vus lors de tournois, mais jamais combattus. Aujourd'hui, il avait assisté au massacre, il avait même lancé bien fort qu'il avait faim, tandis que les murs da la pièce étaient tapissés de sang. Envie de vomir plutôt...

Un monstre, une terrible bête jusque là endormie, voilà ce qu'il était. Dans sa poche, un petit papier tout froissé, tout déchiré. C'était la chanson qu'il avait écrit, les Pluies de Castral Roc. Dire que Théomar ne lui avait même pas laissé la chanter ! Mais peut-être que c'était mieux ainsi. Il la lut une dernière fois, puis la jeta dans les flammes.
Et maintenant ? Toute la milice du Guet le cherchait, il était pourchassé, traqué. Et pourquoi lutter ? Au nom de qui, de quoi devait-il fuir ? Pour la première fois de sa vie, il cru prendre une décision que lui seul avait choisi. Il décida de se rendre.


- Déshonneur -
(Semaine 1 & 2, lunaison 3, 217)
Spoiler:
Une semaine de prison, déjà.
Ordwyn en avait pour un mois, les juges avaient étés cléments avec lui. Il avait prit soin de se payer une cellule privée, pour éviter les mauvaises rencontres. Sans être luxueux, l'endroit avait le mérite d'être acceptable. Ordwyn écrivait, sur du papier quand il réussissait à en avoir, sur les murs avec une craie quand il n'en avait pas. Il pensait aussi. Les autres comploteurs, ce qui allait advenir d'eux. Il avait la chance d'avoir un avenir, après le prison, il pourrait tout recommencer et se faire une nouvelle vie. Mais pas la plupart de ses homologues. Où étaient les Tully ?...

La deuxième semaine de cette lunaison s'amorçait. Vers midi, la porte du couloir s'ouvrit. Mais ce n'était pas l'homme qui venait lui apporter son déjeuner. Un prisonnier, pieds et mains liés, fut conduit dans la cellule en face de la sienne. Lui aussi avait pris soin de prendre une cellule privée. Mais cela n'était pas surprenant, venant de son capitaine, Theomar.
Ils se regardaient silencieusement, jusqu'au ce qu'Ordwyn brise le silence :

-"Theomar ne fuit pas, Theomar ne se rend jamais, c'est ce que vous nous avez toujours dit. Alors si vous êtes ici, c'est que c'est la fin ?"
Après un moment de flottement, le Capitaine leva la tête vers son fidèle Caporal.
-"Ils ne comprennent pas. Ils ne comprendront jamais."
-"Quoi donc ? Votre lutte ?"
-"Tout. Cette nation de merde, où on enferme et on condamne les héros, les braves, ceux qui se battent pour un monde meilleur..."
-"Parce que ces trois Lannister... Incarnaient un monde gangrené ?"
-"Mélio allait devenir Conseiller Politique, encore, et on sait tout deux ce qui s'est passé la dernière fois qu'il l'a été. Il a tenté d'arrêter un innocent, Ser Willos, et à cause de cela notre régiment a été traîné dans la boue injustement. L'année précédente, c'était Ser Dorian Nyles, tu ne l'as pas connu, qui était Conseiller Politique. Il s'en était pris à notre lieutenant Aaron. Nickensen, mon frère d'arme de l'époque, voulait venger l'infamie jetée sur Aaron, en l'assassinant. Et crois moi, Mélio aurait été bien pire que Dorian. Mélio nous aurait tous anéantis à la moindre occasion. Il était Lannister. Il était fourbe. Il aurait mis le Royaume à feu et à sang pour monter quelques échelons supplémentaires. Le moment venu il se serait allié avec les Feunoyr, voire pire. Il aurait recruté tous les mercenaires d'Essos, payés tous les Immaculés d'Astapor pour nous faire la peau. En le tuznt, nous avons protégés le royaume... et voilà comment on nous traite !" "De toute façon, ces nobliaux sont tous payés par les Mines du Roc. Ah bien entendu qu'ils prennent ce que possèdent les riches. Bien entendu qu'ils enverront le Royaume à sa perte comme ça !"

-"Hypocrites, parasites. Ils ne voient pas qui nous sommes, ils n'ont pas vu qui ils étaient..."
"Je ne vous ai jamais demandé... Pourquoi le régiment Tully ? Vous êtes originaire du Conflans ?"
-"Aaron.  C'est pour Aaron que je suis rentré chez les Tully." Silence. "À mon arrivé à Port-Réal il m'a pris sous son aile, m'a appris tout ce que je savais." Encore silence. "Je lui dois tout. Et à sa mort j'ai repris son flambeau. " Silence. "Ordwyn ?"
-"Oui..."
-"Ça ne peut plus continuer comme ça. Port-Réal... ne peut _pas_ continuer comme ça. Les Lannister et leur argent qui traîne partout, qui achètent tout. Les ambassades, l'Etat-Major, qui croit tu qui les finances vraiment ?"
-"Le Roi ?... Je l'espère, du moins"
-"Celui qui a de l'argent. Lord Gerold Lannister ! Croit moi, si on ne fait rien, d'ici dix, peut-être 20 ans il renversera les Targaryen par son argent. Alors il taxera encore plus les petites gens pour avoir encore plus d'argent. Il n'en a rien à foutre des autres, ce sale riche, du moment sur lui a le pognon."
-"Alors, il faut continuer la lutte. Jusqu'à la fin."
-"Oui mais je me suis trompé d'adversaire Ordwyn. Les Lannister ne sont que la partie visible de tous nos maux. Ce sont eux, et les gens de leurs espèces qui ont créé ce système, et si ils meurent tous comme des chiens, de nouveaux Lord habiteront leurs mines et deviendront aussi riches qu'eux. Ce n'est plus contre eux qu'il fait agir. Mais contre le système !"
-"Seul contre tous, c'est impossible !.."

-"Je n'ai pas dit contre tous. Contre le système. Les nobles, les rois, les seigneurs, les Lord. Ils sont le système, le système qui exploite le peuple. Ordwyn, c'est pour le peuple que tu dois te battre. Pour les petites gens. Eux seuls doivent gouverner, et non ces grandes familles qui possèdent du pouvoir juste parce qu'ils ont eu le chance de naître avec du sang noble dans les veines ! Ordwyn, quand tu sortiras, rassemble tous les Tully. Robert, Rory, Lothar, tous ceux qui sont restés fidèles. Ça vous prendra du temps, de longues années, peut-être 10, peut être 20, mais à force je suis certain que vous y arriverez ! Ôtez le pouvoir aux nobles, détruisez ces injustices. Que chaque homme, dans tout Westeros, ait un pouvoir égale. Aaron m'a fait confiance, et je suis devenu un homme bon et honorable, qui se bat pour ses idées. Ordwyn, je te fais confiance, à toi et aux autres. J'aimerais vraiment vivre dans le monde que vous créerez, mais je sais que ça me sera impossible Ordwyn. Mais ma fille pourra elle le voir."
-"Alors, votre sort est déjà décidé ? Il n'y a rien à faire ?"

Theomar soupira.
-"Dans un monde idéal, si. Mais dans le notre... mon cousin a accepté de me défendre. Il pense pouvoir m'envoyer au Mur ou au moins m'offrir une mort décente, sans que ma fille n'en subisse aucun déshonneur."
Le regard peiné, Ordwyn eut une pensée pour la jeune fille.
-"Ah oui, la petite... Qui s'occupera d'elle ?"
Le chevalier se tourna vers son caporal. Il le regarda comme il ne l'avait jamais fait auparavant, D'un regarde puissant perçant et chaleureux.
-"Je te la confie Ordwyn. Veille sur elle. Apprend lui mes valeurs, qu'elle sache qui était son père et pourquoi il est mort. Ordwyn, feras-tu ça pour moi ?"
Ordwyn balbutia quelques mots, puis repris son calme.
- "J'en serai digne. Je lui enseignerai tout ce que vous m'avez enseigné, et je me battrai pour la défendre, elle et vos valeurs, qui sont désormais miennes. Qu'importe la haine, qu'importe la honte, dorénavant je me dresserai avec les Tully, contre ce système corrompu. Nous nous battrons pour la dignité des faibles. J'en fais le serment."
-"Tu es brave et honorable Ordwyn. Souviens-toi-en : tu es un vrai Tully."


- Désillusion -
(Semaine 1, lunaison 5, 217)

Spoiler:
Ordwyn avait bien souffert cette lunaison, tout en ne sachant qui lui avait fait le plus mal. Ce crétin de Barwell, qui a eu la bonne idée de venir lui chercher des ennuis au pire moment, ou ce mestre définitivement taré, venu d'un autre monde ?

Non, aucun d'eux ne lui avaient fait aussi mal que Théomartine, et son père. Ce dernier leur manquait, à tous les deux. Le caporal pleurait son capitaine, ses conseils avisés, son air toujours sûr de lui, et la fille pleurait son père, ses farces et sa tendresse. Ordwyn ne savait quoi lui dire, malgré son âge, elle savait, elle avait compris que papa ne reviendrait pas. Il se réconfortait en se disant que, au vu de son jeune âge, elle n'aurait qu'un vague souvenir de cette période sombre d'ici quelques années.

Et pourtant, qui laisserait tomber dans l'oubli le Grand Théomar ? Ordwyn serait là pour le rappeler à tous, pour qu'on se souvienne de lui à jamais. C'est cela qu'on trouve, après la mort. Il continuera d'exister, tant qu'il restera des gens pour se souvenir du héros qu'il était. On se rappellera de lui, qui est mort de la même façon qu'il a vécu, avec la même force de caractère. C'était là la dernière mission qu'il avait donné à Ordwyn, continuer la lutte, et un jour, expliquer à la fillette pour quelle cause son père avait donné sa vie.
Le caporal avait, plus que jamais, besoin de sa famille. Désormais, il écrivait régulièrement à sa mère, il l'avait prévenue que son meilleur ami était mort au front, et qu'il avait recueilli sa jeune fille qui l'appelait maintenant "papa". Evidemment, la mère, se voyant déjà berçant "sa petite fille adorée" lors de la prochaine visite de son fils au domaine familial, envoyait des peluches, des jouets, des poupées à la petite.

Pour s'occuper, car ni l'une ni l'autre ne pouvaient sortir de la mansarde, son grand jeu était de torturer les poupées, tantôt en les poussant dans la cheminée, tantôt en les décapitant, ce sans même connaître le sort était exact de son père. Mais ce dernier l'avait éduquée ainsi, et Ordwyn n'y voyait aucune objection. Il prit tout de même soin de garder une poupée de coté, en vue de l'occasion où il rendra visite à la nouvelle grand-mère.
Il arrivait à la distraire, mais malgré tout, elle était loin de l'appeler "papa". Le vrai "papa" était encore là, elle lui parlait encore comme si il se tenait près d'elle. Mestre Ragon, bien que hautement dangereux, s'était montré compatissant et avait assuré au jeune caporal que le temps était le seul remède au mal qui les touchait tout deux. Un remède lent à agir, mais particulièrement efficace.

De son coté, Ordwyn s'occupait avec sa plume. Il avait de nombreuses lettres à écrire, en plus de ses correspondances avec sa famille en Sombreval. Il commença par une lettre d'adieu à Johann, qu'il savait condamné. Il l'avait bien moins connu que ce qu'il avait voulu, mais un grand respect, sinon une amitié, étaient nés au cours des quelques semaines qui avaient précédé leur séparation.
Il décida aussi d'écrire à Rory Barrett. À son retour du front, ce cher Robert Duale aurait du reprendre le flambeau au poste de capitaine, mais une lettre leur avait annoncé qu'on ne reverrait plus jamais ce brave type à la caserne. Il ne restait plus qu'eux deux, Rory et Ordwyn, et ils devaient se serrer les coudes. Les Lannister avaient payé le prix fort pour leur arrogance. Les Tully encore plus. Le régiment qui semblait le plus glorieux, au sommet de sa gloire il y a quelques lunaisons, se retrouvait plus bas que terre.

Les Tully étaient meurtris.
Les Tully étaient seuls.


- Famille -
(Semaine 1 à 4, lunaison 12 & 6, 217)


Neuf lunaisons s'étaient écoulées depuis qu'Ordwyn était sorti de prison. Pendant les deux premières, il s'était caché de tous, terré chez lui. Sortir était dangereux. Personne ne parlait aux Tully, et à la caserne, le silence régnait quand tout le monde s'observait d'un œil froid et distant. Quand la carrière de Theomar prit fin en prison, le vieux sous-lieutenant Samwell fut catapulté à la tête du régiment. Pas d'élections, le Censeur des Armées avait juste choisi le plus ancien. Personne ne détestait particulièrement Samwell, 57 années d'usure, et tous avaient sa sympathie. Il n'avait aucun talent particulier, excepté celui de n'avoir aucun ennemi, ce qui est suffisamment rare pour être précisé. Il en trouva dés sa nomination, pour son manque d'énergie et de charisme. Tout chez lui différait de Theomar, l'énergique, souvent grande-gueule, mais néanmoins charismatique Capitaine. Certains, dans le régiment, gardent aujourd'hui encore un souvenir nostalgique et légèrement admiratif de lui. D'autres le haïssent.

Samwell avait toujours apprécié Ordwyn, bien qu'on ne connait personne que Samwell n'appréciait pas. "Le seul soldat qui n'a jamais été dispensé de corvées !". Dire qu'Ordwyn prenait plaisir aux corvées serait une exagération zélée, mais il en tirait toujours une certaine fierté, et il aimait tout particulièrement qu'on remarque cet effort.
C'est pour cette raison que Samwell l'avait autorisé à s'absenter une lunaison entière, deux mois après sa sortie de prison et la nomination du nouveau Capitaine. Ordwyn ne vivait plus que chez lui, ou à la caserne : il se cachait sur le trajet entre les deux, et se faisait apporter de la nourriture. 


De tous les complices du meurtre des Lannister, seuls Rory Barrett et Ordwyn avaient véritablement échappé au billot. Et le Caporal payait sa survie chaque jour. Il se méfiait de tous, et tous se méfiaient de lui, ce qui finissait parfois en duel. Il n'avait rien à faire à la capitale en ce moment, à part subir.

Il était parti, emmenant avec lui sa fille adoptive, et quelques lunes pour le trajet.
Direction Sombreval, direction sa mère, son père, ses deux frères et sa sœur.


Le soleil se couchait, après quelques jours à cheval, quand ils atteignirent le domaine familial. La famille d'Ordwyn n'avait pas de nom... Mais elle pourrait en porter un : son père était un très riche négociant, et il avait fait affaire dans toutes les contrées du royaume, jusqu'au cités libres, disait-il. Ordwyn, contrairement à ses deux frères qui avaient repris le commerce paternel, espérait donner un nom à leur famille.

Comme prévu, sa mère les reçut, il avait prit soin d'annoncer son arrivée par une lettre et le corbeau que la famille avait le luxe de pouvoir s'offrir. Theomartine, qui dormait déjà, fut couchée par sa nouvelle grand-mère dans une pièce à l'écart.
La vielle servante qui couchait Ordwyn dans cette même pièce alluma un feu dans la pièce principale.
Il s'apprêtèrent à s'asseoir quand Erwyn entra.

Un silence froid l'accueillit. Erwyn, l’aîné des trois frères, la fierté du père, avait toujours pris un malin plaisir à humilier ses cadets, Ordwyn en premier. Il ne s'étaient pas vus depuis deux ans, et Ordwyn espérait ne pas avoir à le croiser, mais seuls son père et Melwyn étaient partis en "mission commerciale".

-"Tiens, voici le voyageur, de retour après de nombreuses et glorieuses aventures, je n'en doute pas. Le soldat de la famille. Tout se passe bien à la capitale ? Pas trop de vieux à aider, de mendiants à tabasser ? J'espère que les bordels sont de qualité, je te sais exigeant, capora..."
-"Tout se passe pour le mieux. Je profite de ma permission, due à mes excellents services dans le régiment, pour rendre visite à ma chère maman. Et, contrairement à toi, je ne multiplie pas les aventures, si c'est ce que tu appelle être exigeant."
-"Et ta fille ?.."
-"Pas exactement la mienne. Celle d'une femme morte en couche, et d'un mentor et ami exécuté en début d'année."
-"Oh, mon pauvre. On dirait que la vie n'est pas si facile que prévu, à la capitale. Pas trop dur de côtoyer le roi, et de vivre aux crochets de son père et ses frères ?"
-"Non, ça va, à propos la Main vous passe le bonjour, elle est venue déjeuner chez moi récemment."
-"Tu diras à ton ami albinos de bouffer sa broche et d'aller se faire foutre. Pendant que vous festoyez à la capitale, les bâtards de Daeron, celui-là en particulier, préparent la guerre contre d'autres bâtards de l'ancien roi."
-"Et toi, pendant que tu préparais le navire, je faisais mes corvées. Quand tu te gavais aux bordels des cités libres, je m’entraînais. Un jour, tu partiras vendre des fruits à Pentos, et je serais au front, en train de marcher sur Tyrosh. De nous deux, tu n'es plus celui à craindre, grand frère."
-"Excuse-moi, caporal Ordwyn du prestigieux régiment de la truite frétillante. Je ne voulais pas t'offenser."
Sur ces mots, et alors que leur mère s'apprêtait à élever la voix, il se retira.

Alors, un regard entendu passa entre eux.
Ordwyn lui racontât tout ce qu'il n'avait pas relaté dans ses lettres, en omettant le passage où il assassine trois rivaux de régiment et où il finit en prison. Il mentit, dit que son régiment était accusé de vol, d'être impie, et qu'il avait du fuir ces accusations le temps d'une lunaison. Mais il resta sincère sur le plus important : il était perdu. Ses amis étaient morts, ses repères aussi, et le régiment avait quelque chose de froid. Il ne cherchait pas d'amante, il voulait "la bonne", et ne survivait que grâce à la présence innocente de Théomartine. Elle lui rappelait le temps de Theomar, le temps où il était jeune, prêt à s'engager à tout, le temps où il n'était pas poursuivi par la justice et la société Port-Réalaise. Dans cette affaire, Ordwyn avait gagné une langue bien pendue, et une habileté au combat certaine. Il avait perdu l'amour et l'amitié.


Quand il eut fini son histoire, presque une minute entière passa, dans un silence où il fut certain de distinguer la respiration de son frère derrière un mur. Sa mère l'entendit aussi et l'ignora, quand elle prit la parole :
-"Qu'est-ce qui est juste ? Pose toi cette question tous les jours à chaque choix que tu fais.
Si tu as fait des erreurs, et je vois dans ton attitude que tu en as fait des énormes, ne cours pas après le pardon. Tu dois faire ce qui est juste, toi-même. Tu as été complice, tu as pris trois vies. Malwyn et ton père font des aller-retour à Port-Réal depuis 4 lunaisons, ils savent ce qu'il s'est passé. Si tu prends une vie, alors tu donne une vie, ça c'est juste. Tu as pris trois vie, donc tu dois donner trois fois ta vie. Je ne te parlerai pas de suicide, fils, rien n'est plus injuste que le suicide. S'enfuir vers les Sept ne te sauvera pas de leur courroux. Tu dois donner trois vies... à servir ceux qui n'en ont qu'une. Et comme tu n'en a qu'une aussi, tu vas travailler trois fois plus pour aider le peuple. Et le peuple, ça va du mendiant au roi, tu les aidera tous, trois fois plus qu'ils ne le mériteraient. Et quand on te remerciera avec un sourire, tu retrouvera ce que tu as perdu. Bats-toi. Aide-les. Tu devras te battre contre certains pour en aider d'autres. Ce qui compte, c'est que tu fasse de ton mieux, trois fois plus que tu ne le devrais."


Une semaine plus tard, Ordwyn repartait. Theomartine était heureuse, elle voyait l'herbe des champs pour la première fois, et commençait à formuler des phrases claires. Ordwyn salua sa mère, monta sur l'étalon où l'attendait la jeune fille. Lui et Erwyn s'étaient évités depuis le soir de leurs retrouvailles, mais ce dernier avait fait l'effort de venir le saluer... Sans un mot, d'un visage impassible, il déposa un paquet dans les mains de Theomartine, puis s'en alla tandis que le cheval trottait sur le chemin vers le sud. Theomartine ouvrit le paquet avec une curieuse délicatesse. Il contenait une petite figurine en bois, que leur père avait taillé vingt ans plus tôt, au cours d'un voyage. Un bateau, une réplique du sien faite à partir d'un morceau de bastingage du sien, offert à son fils ainé. Les larmes aux yeux, Ordwyn se souvint d'une seule fois où lui et ses deux frères s'étaient retrouvés à jouer ensemble, quand ils fabriquaient des petits bateaux avec ce qu'ils trouvaient, pour faire des courses sur le ruisseau qui traverse le domaine.

À son retour en ville, Samwell le promut instantanément sous-lieutenant, car on avait besoin du régiment à son plein potentiel. De gigantesques émeutes secouaient la ville.


- Devoir -
(Semaine 1, lunaison 1, 218)


Au bienveillant Censeur des Armées, Ser Harrold Whent,

Il y a quelques jours, j'appris avec mes camarades la démission précipitée de Samwell, un brave de notre fière caserne, propulsé au rang de Capitaine du prestigieux régiment Tully.
Il semblerait que prendre la succession de Ser Theomar fut une trop lourde tâche pour ce cher (et âgé) Samwell. Sachez que l'ensemble du régiment lui réservât un départ digne d'un vrai Tully, et que Lord Hosteen Tully lui-même nous fit parvenir ses hommages.

Vous savez que notre régiment a connu une récente instabilité après la mort de Ser Theomar et la promotion soudaine de Samwell. Notre réputation est teintée de sang, aussi il faut nommer un Capitaine compétent au plus vite.

Cette sinistre réputation, j'ai contribué à la donner au régiment. Je suis l'un des rares qui ait eu la chance de survivre à cette folie, j'ai été puni et exclu, et aujourd'hui avec cette lettre je termine de reconstruire ma réputation. J'ai prouvé ma valeur lors de nombreuses épreuves de mêlée, ainsi que lors des émeutes que nous avons connu il y a peu. En ville, on me connaît comme le Caporal qui a toujours fait ses corvées avec fierté, et qui ne boit rien d'autre que l'eau pure de la Rhoyne.

J'ai été un criminel, et j'ai passé toutes ces lunaisons à me repentir, à me redonner une réputation saine. Et c'est pour cette raison que je demande votre approbation à ma candidature au poste de Capitaine Tully.

Qui de mieux que le sobre repenti,
pour redorer le blason du régiment Tully ?

Ordwyn le Sobre,
 Sous-Lieutenant du Régiment Tully

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