[CES] [JOH] Destiné au billot

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[CES] [JOH] Destiné au billot

Message par Jean Neige le Sam 6 Mai - 21:21

[HRP: Salut tout le monde! Désolé si je donne l'impression de ressasser, ça n'est pas mon intention. Il se trouve qu'avec la perte du forum, je n'ai pas pu publier le dernier RP de JOH. Et lorsque les premiers RPs ont commencé à s'envoyer par mail, j'ai préféré privilégier celui de Finn, et attendre le retour du forum pour poster celui de JOH. Mais vu que ça commence à tarder un peu et que j'aimerais pas le partager tard, je préfère ça maintenant. Voilà voilà, c'est juste pour que je puisse clôturer mon ancien perso, aucun message hors-jeu sous-jacent, cet aspect là a déjà été suffisamment discuté... Voilà merci d'avance ! ]

An de grâce 217, lunaison six. Porte du Lion, Port-Réal.


« Avez-vous des dernières paroles avant de rejoindre vos amis aux Sept Enfers ?
- Miaou. »

Mais quel con. C’est quoi comme genre de dernières paroles, ça ?


Son long monologue au procès avait probablement épuisé toutes ses ressources de vocabulaire et de bien-parlé qui fascinaient tant son premier amour. La seule chose qui lui venait en tête, au moment le plus crucial de sa vie, c’était un miaulement.

Il se mit à genoux, sans réellement avoir le choix. L’idée de courir à travers la foule lui traversa l’esprit, quitte à se faire lyncher… mais où est-ce que cela le mènerait ? Et le voulait-il vraiment ? Il n’y avait rien à faire, la mort semblait la seule issue possible, mais surtout, la seule issue que Johann voulait emprunter.

Tout ça pour ça.

C’est vrai que ça fait un peu pitié comme derniers mots. Bon, j’ai rien d’autre à dire, en même temps.


Un abruti à moitié saoul venait d’interrompre l’exécution en interpellant Ser Nermont, situé à l’arrière de la place. Le bourreau crut d’abord qu’on l’interpellait lui, et il releva sa hache.

Attends… C’est… c’est maintenant. C’est là. Le moment où je vois défiler toute ma vie, tout ça ? C’est quoi cette arnaque ? Je vois que dalle, moi.

L’est où la lumière là ?


Ses battements de cœur redoublaient de vitesse, la sueur coulait le long de son front, mais aucun signe de ce qui allait l’attendre après. Si quelque chose l’attendait. Cet instant inattendu, ce retardement, c’était peut-être la dernière occasion qu’il lui rester pour se souvenir une dernière fois de ce à quoi il tenait le plus.

C’est vrai que ça aurait bientôt fait six ans...


An de grâce 211, lunaison neuf. Une ferme des Terres de l’Orage.

Adossés sur la vieille porte en bois, épaule contre épaule, ils fixaient tout deux, pensifs et rêveurs, les grandes étendues herbeuses. Quelques échardes leur démangeaient le dos mais ils n’en avaient cure.  Le chat noir devant eux, passant par là, s’arrêta pour les observer curieusement, avant de continuer son chemin.

Elle échappa un sourire. D’un léger regard en biais, il le remarqua, et sourit à son tour.

« Tu sais… On risque de rester quelques mois ici, dit-il.
- Y se passe un truc particulier ?
- Le vieux est crevé, il en a marre de bouger. Il pense se reposer un peu en s’installant. Et il voulait absolument voir le barde de passage.
- C’est pas comme si on allait se plaindre de se voir plus souvent » répondit-elle en ricanant.

Impossible d’avoir des yeux aussi brillants. Gris et clairs, on dirait presque une Nordienne. Et ce visage… Y’a qu’à Lys où les gens sont aussi fins et pâles. C’est bien à Lys, non? Qu’est-ce que j’en sais, moi...

Le temps commença à se faire maussade lorsque que son cœur se mit à battre de plus en plus vite, alors qu’elle lui saisissait délicatement la main. Une légère brise se fit sentir et les cheveux de Victoire vinrent caresser ses joues.

Elle s’exclama, tandis qu’il sentit son souffle sur sa nuque :
« On… on s’y remet ?
- Maintenant ? Mais s’ils nous voient ?
- Quelle importance ? C’est un secret pour personne… Et nos vieux y voient pas d’mal.
- Bon, soit… »

Ils se fixèrent quelques secondes, hors du temps.

Victoire saisi l’épée en bois et tenta de le frapper de front. Mais la discrétion n’était pas son fort, et Johann commençait à acquérir des réflexes. Il baissa la tête de justesse et ramassa la sienne pour parer le second coup.

« Tu croyais vraiment qu’un coup pareil allait marcher ? Comme si tu allais me laisser l’initiative un jour.
- En effet. Jamais. », rétorqua-t-elle fièrement, d’un air malicieux.

Il se releva, et les deux se jaugèrent quelques secondes, se tournant autour, sourcils froncés et sourires en coin. Elle tenta à nouveau le tout pour le tout et attaqua de front. On ne pouvait nier sa détermination, ni le fait qu’elle ne s’en sortait pas si mal. Maints mercenaires manquaient d’une telle adresse. Mais elle sous-estimait toujours son adversaire et ne faisait que des prévisions simplistes.

Il parvint à faire un pas de côté au dernier moment, et d’un vif coup de botte, lui envoya de la poussière dans le visage. Il crut avoir l’avantage sur son flanc, mais moins naïve qu’elle le laissait paraître, elle para le coup et s’essuya les yeux en riant.

Ils continuèrent à s’échanger plusieurs passes d’armes sans réelle rigueur. Si son aîné avait été présent, il aurait sans doute pu leur faire part d’un entraînement plus sérieux, mais Johann s’en moquait, l’important ici ne résidait plus dans la technique, mais dans la véritable danse à laquelle les deux amants s’adonnaient.

« Tu as… ugh !… entendu les nouvelles ? », peina-t-elle à s’exclamer entre deux frappes.

« Lesquelles ?
- Le… Feunoyr ! Daemon... le deuxième. L’ont arrêté… »

Elle baissa la tête de justesse.

«… et emmené au Donjon Rouge.
- Encore un ? Le dernier est mort il y a quinze ans à peine.
- Ton frère aîné y était, nan ?
- Ouais. À Herberouge. Piquier orageois. Il préfère pas en parler. »

Leur allure se calma et ils parvinrent à parer chacun de leur coup avec aise. Le silence se fit maître des lieux, l’instant de quelques minutes. Elle reprit la parole, presque inquiète.

« Si jamais… Si jamais y z’en refont une. De révolte… ça… ça va…
- Ouais, ça serait pas beau à voir.
- T’irais te battre ?
- Qui sait. Ça changerait pas grand-chose à mes plans.
- Comment ça ?
- Quoi, comment ça ? »

Alors qu’il s’apprêtait à improviser une feinte, elle s’arrêta net.

« Tes plans… Tu veux encore t’engager chez les mercenaires ?
- Je ne vois pas où est le problème.
- On a dix-sept ans.
- Mon frère en avait vingt à Herberouge. Ce serait juste pour quelques combats, histoire de se faire un peu d’argent. Je compte pas reprendre l’affaire familiale, faut bien qu’on aie quelque chose pour vivre.
- Fait pas l’abruti. Viens travailler avec moi, plutôt. Là-bas c’est du suicide…
- On finit tous par crever jeunes dans ce monde de merde, que veux-tu…
- J’t’interdis de dire ça. »

Tête baissée, ses cheveux de charbon couvraient ses yeux. D’une voix tremblante, elle continua.
« On… On avait dit qu’on voyagerait… après le mariage...
- On peut pas partir la bourse vide. Si le vieux clamse, c’est pas dit qu’mon frère, même s’il nous aime bien, pourra nous donner d’quoi voyager. Et tes vieux peuvent rien nous offrir, même s’ils le veulent.
- Et qu’est-ce qu’on fait si tu clamses avec tes potes mercenaires, hein ? Qu’est-ce qu’on fait si tu crèves avant d’avoir pu voir les neiges du Nord, les fleuves du Conflans… Le port d’Villevieille… Le Mur…
- Arrête de flipper, tu veux ? Je crèverai pas. J’rentrerai, on aura un beau pactole pour voyager pendant un bout de temps.
- Bien sûr que tu peux crever, t’en sais rien.
- Si je meurs, ça aura été pour une bonne raison.
- Tu t’seras même pas battu aux tournois auquel tu voulais tant participer… Les tournois d’chevaliers à la capitale… Comment on fait si t’as pas pu te battre dans les tournois de chevaliers, hein ?
- Je me battrais pas dans un tournoi idiot, ils me refuseraient de toutes façon. C’est de la parade tout ça, on le sait tout les deux. Si je dois utiliser mon épée, autant que ça nous rappo... »

Elle le plaqua soudainement contre le mur de pierre, parvenant même jusqu’à le surprendre. Les mains sur ses joues, le regard déterminé, elle s’exclama, à mi-chemin entre colère et peine : « Vis. Vis ! Si tu meurs, tu pourras pas te souvenir de moi. Alors bats-toi. Et vis. »

An de grâce 217, lunaison six. Porte du Lion, Port-Réal.


Et nous voilà ici. On peut pas vraiment dire que j’ai contribué à mes chances de survie.


La perte de sa moitié l’avait déboussolé, mais il refusait de croire à un manque de sens dans les paroles de cette dernière. S’il devait vivre, c’était pour une raison, non ?

Il pensait la revoir en réussissant. Cela ne fonctionna pas. Il tenta de montrer sa valeur aux Dieux. Cela ne fonctionna pas. Il tenta de montrer sa valeur aux hommes. Il échoua lamentablement. Il tenta de montrer sa valeur aux démons et aux Enfers, par le vice et le sang. Il échoua lamentablement à nouveau.

Tout ce que j’ai fait, pour rien. Rien. A quoi bon vivre si cela ne mène à rien ? S’il s’agit juste de vivre pour vivre… Ça ne vaut pas la peine.


Peut-être aurait-il dû voyager, malgré l'absence de Victoire. Rejoindre la Garde de Nuit. Ou faire une carrière de mercenaire. Partir à l’est. Mais il était trop tard pour les regrets. Il était désormais un raté, un minable et un criminel, et il devait l’accepter.

Je m’excuse, Victoire. Je n’aurais pas tant vécu que ça, mais je pense pouvoir dire que je n’en veux plus.


« Vous avez une deuxième chance pour dire quelque chose », s’exclama la Justice du Roi, s’apprêtant à porter le coup.

Incapable de répondre quoique ce soit, il regarda au loin, lorsque son regard se posa sur... lui.
« Miaou  », répondit-il instinctivement.

Mais quel con.

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Que le saumon soit avec toi.
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